Gérontofolie

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dimanche 2 juillet 2006

Le début de l'aventure

Je ne me doutais pas que, en décidant d'aider mes vieux parents à obtenir un peu d'aide, j'allais découvrir l'absurdité du système social et administratif. Oui, je savais que ce ne serait pas simple. Mais tant d'absurdité! Et je suppose que ce n'est rien par rapport à ce que d'autres, plus chevronnés, affrontent.

Pour m'y retrouver, j'ai été obligée de tout noter, le plus précisément possible. Ce qui, finalement, est la substance d'un blog.



J'inaugure donc ce blog sur le thème : comment rendre plus compliquée la vie de personnes âgées qui ont suffisamment de soucis sans ça. Rien de spectaculaire. Juste une succession de petites incompétences, de paperasseries, de manque de disponibilité...



La situation de départ. Mon père, qui a une maladie de Parkinson depuis une vingtaine d'années. Ma mère, qui s'occupe de lui seule, et qui a de l'arthrose aux genoux. Leur appartement, au troisième étage sans ascenseur, dans une très belle ville historique à l'ouest de Paris.

Tout commence le 17 mars. Une représentante de la coordination gérontologique a rendez-vous chez mes parents pour donner un panorama des services et aides existants. Elle énumère un certain nombre de services.

  • Les services d'aide à domicile avec les différentes modalités proposées par les associations. Après discussion, il semble que ma mère ait besoin de quelqu'un deux fois deux heures par semaine. La représentante, appelons-là Mme D., consultera les associations et enverra des devis. Au final, elle envoie simplement les adresses des associations, que nous connaissons déjà, et aucun devis.
  • Mme D. explique que la CNAV, la caisse de retraite, et la caisse de retraite complémentaire, peuvent verser une aide. Elle nous donnera le nom de la personne de la CNAV chargée de l'évaluation. Pour l'histoire de la CNAV, voir plus loin...
  • Bonne nouvelle : une ergothérapeute peut venir voir la porte d'entrée de l'immeuble et proposer un système pour l'alléger. Elle est trop lourde pour mon père. Par la même occasion, elle regardera l'appartement et les aménagements possibles. Pour l'histoire de l'ergothérapeute, voir plus loin...
  • Depuis plusieurs mois, mon père, qui en a absolument besoin, n'a plus de kiné. Il lui faut de la kiné à domicile mais, sa kiné partie, ma mère n'en trouve pas d'autre. Mme D., qui sait qu'il est difficile d'en trouver dans cette belle ville historique, cherchera néanmoins. Pour l'histoire du kiné, voir plus loin...

Histoire de l'ergothérapeute

Ah, l'histoire de l'ergothérapeute ! Ca a été ma véritable introduction au pays de l'absurde. Je rappelle : il s'agissait d'avoir un rendez-vous avec une ergothérapeute pour faciliter l'aménagement de la porte d'entrée du bel immeuble XVIIIème siècle de mes parents et de conseiller sur des aménagements de leur appartement.
Aucune nouvelle pendant un certain temps. J’appelle la coordination gérontologique. Rien. Nouvel appel : il faut finalement rappeler dans quelques jours en raison d'un changement d'organisation.
Quelques jours plus tard : j'apprends qu'il faut envoyer à la coordination gérontologique une ordonnance du médecin, un justificatif de domicile et un avis d'imposition.
Le tout sera envoyé au "Siège du vieux bâti" (SVB, ce n'est pas son vrai nom), qui représente la ville, qui instruira le dossier et le fera suivre au Pact Arim qui travaille pour le compte de ce beau département de l'ouest parisien. Compliqué. Mais on devine, derrière, les petites querelles locales. "C'est mon vieux", "non, c'est le mien". Résultat, tout le monde prétend s'occuper du même petit vieux.

22 mai 2006 (je rappelle :l'histoire a commencé le 17 mars) Aucune nouvelle de l'ergothérapeute. Coup de fil à la coordination. Le dossier a été envoyé le 26 avril au Siège du vieux bâti qui doit nous donner des nouvelles.
Coup de fil au SVB qui prétend avoir "reçu l'avis d’imposition aujourd’hui "… Mon interlocutrice sait cependant déjà que mes parents n’ont droit à aucune subvention et dit que le dossier a été envoyé au Pact. Mais elle refuse que j’appelle moi-même au Pact... tiens donc, pourquoi... J'appelle tout de même. Pas de chance: au Pact de cette belle ville, on ne donne jamais d'information l'après-midi et, ajoute-t-on, "jamais le jeudi"...
23 mai : naturellement, le dossier n'est pas au Pact.

Quelques jours plus tard : message inaudible de l’ergothérapeute chez mes parents. Ma mère rappelle : personne. Le Pact ne répond pas.
12 juin:Toujours pas de nouvelle de l'ergo. Ma mère appelle le Pact mais n'a jamais de réponse. Pour en sortir, j'appelle la coordination gérontologique qui me donne le numéro direct de l'ergothérapeute. Elle répond immédiatement.
Elle est au courant mais son interlocutrice du SVB ne travaille qu'à mi temps, elles n'ont pas eu le temps d'entrer en contact, elle ne connaît donc pas le dossier. ("Je rappelle: le dossier a été envoyé le 27 avril et nous sommes le 12 juin"). Je lui explique de quoi il s'agit. Elle me dit qu'elle appellera cette semaine ou la semaine prochaine pour un rendez-vous chez mes parents. Elle a leur numéro de téléphone sous les yeux, dans le dossier.

  • Question : Pourquoi n'a-t-elle pas appelé directement mes parents puisqu'elle s'est contentée de mes explications, sans avoir besoin du relais de son interlocutrice à mi-temps, qui de toute façon ne connait pas mes parents et leurs besoins?

14 juin. Ma mère appelle le Pact pour avoir ce rendez-vous. Réponse, il faut appeler jeudi matin, à une heure précise, qui n'arrange pas ma mère.
15 juin. Ma mère appelle à l'heure dite. L'ergothérapeute n'est pas encore arrivée. Plus tard : finalement, elle ne vient pas de la journée. Il faut appeler le lendemain vendredi 16.

16 juin. Appel. Réponse : mais madame, aujourd'hui c'est le 16 juin, c'est fermé!...

De mon côté, en déplacement professionnel le même jour, je rencontre quelqu'un qui connaît le directeur du Pact et qui promet de lui annoncer mon appel. Il faut bien en finir...

19 juin Le directeur, qui attendait mon appel, est très étonné de ces problèmes d'accueil. Il parlera avec l’ergothérapeute. Elle appelle l’après midi même et donne rendez-vous pour mardi suivant à 16h. Mais pas plus tard, parce qu’elle ne travaille pas après 16h ! (il faut savoir que la maladie de Parkinson va avec de gros besoins de sommeil et 16 heures est un peu tôt par rapport à la fin de la sieste)

27 juin. L'ergothérapeute vient, avec 3/4 d'h de retard ! Voir l'histoire du kiné
Elle donne quelques conseils sur l'emplacements de barres pour mon père. Et surtout, elle conseille d'installer un ascenseur et de changer la porte d'entrée de l'immeuble! Sans doute, on a oublié de lui dire qu'une bonne partie de cette belle ville est en secteur sauvegardé et donc intouchable!
Et, pour finir, elle va envoyer un catalogue et des adresses de menuisier...
Tout ça pour ça...: un catalogue et des menuisiers pour des travaux impossibles...
Après, on se débrouille....

Histoire des kinés

Les kinés, je connaissais comme tout le monde. Il faut attendre pour avoir un rendez-vous, mais, comme rien ne presse, ce n'est pas grave.



Tout change quand on en a "vraiment" besoin et, pire, à domicile. En tout cas, dans ce beau département de l'ouest parisien. Peut-être la situation est-elle meilleure ailleurs?
Bref, mon père, parkinsonien, a besoin de kiné, pour simplement savoir s'asseoir et se lever, des choses toutes bêtes mais qui font la différence entre quelqu'un qui est autonome ou non. Et, depuis plusieurs mois, depuis le départ de sa kiné, impossible de trouver quelqu'un. La coordination gérontologique m'assure qu'elle passe régulièrement des coups de fil à des kinés, qui refusent tous d'aller à domicile. Par le bouche à oreille, nous avons d'autres noms. Sans plus de succès.



Quelqu'un qui travaille dans le milieu social m'explique que c'est la faute de l'Etat qui a contingenté le nombre de kiné. Et que pour ne pas dépasser leurs quotas d'actes, ils sont obligés de prendre deux ou trois mois de vacances... Est-ce vrai? Si oui, je ne comprends pas pourquoi ils n'acceptent pas des actes un peu moins rentables, mais dont les patients ont besoin. Et il prendrait un peu moins de vacances...

La technique du coup de fil ne donnant aucun résultat, je demande à la coordination gérontologique de me communiquer les coordonnées de tous les kinés de son territoire. Résultat : après avoir éliminé quelques communes trop éloignées de la belle ville historique où habitent mes parents, j'envoie, le 20 juin, 125 lettres ! Oui, 125, à des kinés indépendants ou en association, leur expliquant la situation de mon père. Sur 125, il devrait bien il y en avoir quelques-uns qui réagissent...
Le 22 un kiné dit ne pas se déplacer pour 2 euros, c'est la faute de l'Etat et des patients qui ne font rien... Un autre, devenu ostéopathe, déplore qu’un nombre croissant de kinés ne fassent plus que des massages de confort et de l’esthétique. Deux kinés m'écrivent pour expliquer qu'ils ont d'autres spécialités; l'un d'eux, le seul des 125, tente de me donner des pistes pour trouver quelqu'un.

Le 23 : Est-ce le miracle? Un kiné appelle, qui n'est pas sur la liste. Il a été prévenu par deux confrères différents et n'intervient qu'à domicile. Rendez-vous est pris chez mes parents pour le mardi 27.
27 juin. Le kiné arrive avec ¾ d'heure d'avance. En même temps que l’ergothérapeute arrivée avec ¾ d’heure de retard. Le kiné pense que c'est un traquenard, qu'on se moque de lui. Furieux, il n'examine pas mon père et affirme malgré tout ne rien pouvoir faire à domicile. Il s'en va en disant qu'il rappellera le lendemain. Depuis, nous attendons...

  • Mes commentaires. A ma connaissance, la profession de kinésithérapeute est réglementée et bénéficie d'un monopole. Certes, l'Etat a trop limité leur nombre. Mais, que je sache, le monopole ne leur pose pas de problème. En contre partie de ce monopole, comment se fait-il qu'ils ne s'organisent pas pour répondre aux besoins des patients?
  • Autre problème : s'ils se mettent à marcher sur les brisées des esthéticiens, à quel titre revendiquent-ils leur monopole? On ne peut se protéger de la concurrence d'un côté et, de l'autre, aller sur un marché concurrentiel plus lucratif...

Il semble qu'un ordre des kinésithérapeutes soit en cours de création. Mettra-t-il un peu de moral dans tout ça ou sera-t-il corporatiste? A suivre...

Conclusion provisoire : mon père ira chez la kiné de ma mère, en prenant rendez-vous l'un après l'autre. Il faut savoir que la maladie de Parkinson ralentit énormément tous les mouvements, provoque des blocages. Préparer mon père à temps pour un rendez-vous est, à chaque fois, un stress pour ma mère. De plus, il faut un cabinet accessible sans escalier. Pas facile dans une ville historique. D'où la recherche de kiné à domicile.

Histoire de la boulangerie

Celle-là, je ne m'y attendais pas.
Dans le beau quartier ancien de la ville historique de l'ouest parisien où habitent mes parents, il y a, de mémoire, environ 7 boulangeries, dont 2 dans la rue de mes parents. Au mois d'août, les deux seules boulangeries ouvertes seront dans la même rue à une extrémité de ce quartier, très étendu. Comment feront les vieux de l'autre bout du quartier? Ma mère, avec son arthrose, ne pourra certainement pas aller jusque là. Sa boulangère lui dit que la mairie n'a pas réagi lors de l'annonce des dates de fermeture. Elle même aurait volontiers fermé en juillet plutôt mais elle ne connaissait pas la situation. Dans un cas identique, l'une des boulangeries avait déjà organisé un dépôt dans la rue de mes parents. Mais rien n'est prévu cette année. Et, selon la boulagerie ouverte en août, pour organiser un dépôt, il faut l'autorisation de la mairie mais la boulangerie n'a pas le droit de la demander... Comprenne qui pourra.
Le 30 juin, j'appelle le service troisième âge de la mairie de cette belle ville pour signaler le problème. Le responsable du service dit qu'il me rappellera l'après-midi.
Devinez quoi? Il ne m'a pas rappelé; C'est une femme du service économique qui aurait dû le faire, me dit-il...
Pour elle, rien d'anormal. Les boulangers ont donné leurs dates de fermeture. La concertation en mairie a eu lieu (une concertation sans les boulangers, semble-t-il), l'adjointe a considéré que tout va bien. Donc tout va bien.
Et bien non, tout ne va pas bien. Et je le lui dis ! J'exige que le problème soit résolu ! Penaude, elle dit qu'elle en parlera à sa chef et me tiendra au courant.

Histoire à suivre...